Belarus Daily | 19 déc

Les Bélarussiens sont sortis manifester 40 jours après le meurtre de Raman Bandarenka et pour célébrer les 10 ans depuis les manifestations de 2010 ; La police anti-émeute a arrêté un homme avec ses deux petites filles, et a arraché un autre de la poussette de son bébé ; Yelena Leuchanka a tenu un débat avec un sportif pro-Loukachenko

19 décembre 2020 | BYHelp-Mediagroup
Cette œuvre dʼart est dédiée à Raman Bandarenka. Ce 19 décembre est le 40e jour après sa mort.
Source: Belsat

Les Bélarussiens se sont rassemblés en différentes marches. Bien quʼaujourdʼhui, ce ne soit pas un dimanche

Ce samedi, les Bélarussiens ont défilé dans de nombreux quartiers de Minsk et dʼautres villes. Ils se sont organisés en colonnes de taille significative. En raison du fait que les actions étaient spontanées et nʼont été annoncées dans aucune des chaînes populaires de la messagerie Télégram, les manifestants ont réussi à se rassembler même dans les rues centrales de Minsk. Les lieux de rassemblement et le format de ces actions avaient été définis dans les tchats entre voisins dʼimmeubles. Les agents des forces de lʼordre nʼont donc pas pu réagir rapidement devant leur déferlement. Cependant, selon certains rapports, plusieurs personnes ont été quand même arrêtées.

Certaines des marches étaient dédiées aux événements du 19 décembre 2010, lorsque, après une nouvelle « victoire » de Loukachenko, plusieurs dizaines de milliers de Bélarussiens manifestants sur la place centrale de Minsk, avaient été sévèrement battus. De plus, ce 19 décembre, 40 jours se sont écoulés depuis le meurtre de Raman Bandarenka.

Manifestations à Minsk après les élections de 2010.
Source: b-g.by

La police anti-émeute a arrêté des habitants de Minsk avec leurs enfants. « Il a été ordonné dʼarrêter trois hommes »

Aujourdʼhui, une réunion entre voisins du quartier Lebiadziny de Minsk sʼest terminée par des arrestations. Dans lʼaprès-midi, les gens sont sortis dans la cour dʼimmeuble pour se promener avec leurs enfants, quand soudain trois minibus des forces de lʼordre sont arrivés. Les enfants ont été très effrayés, mais aucune arrestation nʼa, à ce moment-là, eu lieu.

Le soir, les voisins se sont à nouveau réunis dans la cour pour prendre un thé. Selon des témoins oculaires, à ce moment-là, un homme, ressemblant à Valery Vakoultchyk ( l’ancien président du KGB, secrétaire dʼÉtat du Conseil de sécurité du Bélarus, et actuellement assistant présidentiel dans la région de Brest ) a été aperçu dans la cour. Beaucoup pensent que cʼest lui qui a appelé les forces de lʼordre. Peu de temps après, deux minibus avec la police anti-émeute sont arrivés dans la cour. Lʼun des agents des forces de lʼordre a déclaré : « Jʼai lʼordre dʼemmener trois hommes. » Après cela, un père a été arrêté alors qu’il était accompagné de ses deux petites filles, un autre homme sans enfants, ainsi quʼun autre père, littéralement arraché de la poussette de son bébé de 8 mois. Les voisins ont récupéré la poussette avec le bébé, car, apparemment, lʼhomme nʼa pas été autorisé à appeler sa femme.

Après avoir été emmené à lʼun des commissariats de police de Minsk, le père des deux fillettes a été libéré mais a reçu une assignation à comparaître. Le père du bébé de huit mois est toujours au commissariat de police. Il pourrait ne pas être relâché.

Le ministère de lʼIntérieur du Bélarus a réagi à la vidéo sur des faits de torture se passant dans le commissariat de police du district Frounzenski de Minsk pendant les événements du mois d’août

Le 18 décembre, lʼinitiative BYPOL a publié une vidéo présentant des preuves de traitement cruel et inhumain sur des manifestants pacifiques lors de leur arrestation.

Aujourdʼhui, le ministère de lʼIntérieur a rendu un commentaire officiel : « À propos de cet enregistrement vidéo où l’on voit des policiers du commissariat de police du district Frounzenski traiter de façon inappropriée des détenus, un contrôle est en cours. Le ministre en personne s’en charge personnellement. Certaines conclusions seront tirées des résultats de lʼaudit », a dit le chef adjoint des Affaires intérieures, Ioury Nazarenka.

Par « traiter de façon inappropriéé », apparemment, le chef adjoint du Ministère de lʼintérieur entend la torture des détenus, au cours de laquelle des hommes et des femmes se sont retrouvés face contre terre dans une salle de sport du commissariat de police, les mains liées. Certains ont été frappés à coups de matraque et des cris se font quelque fois entendre dans le hall.

Captures dʼécran de la vidéo publiée par lʼinitiative BYPOL.
Source: Onliner

Maksim Nedasekau a répondu à Yelena Leuchanka : « Même si la violence est prouvée, je soutiendrai les autorités. »

La célèbre basketteuse bélarussienne,Yelena Leuchanka, a proposé un débat au jeune athlète Maksim Nedasekau qui a signé la lettre pro-gouvernementale des sportifs. Au cours dʼune émission en direct, Yelena, ( qui a passé 15 jours en prison pour avoir participé à des rassemblements pacifiques ), a tenté de clarifier la position de lʼun des athlètes ayant signé une lettre de soutien au gouvernement actuel. Au cours de lʼémission, ils ont discuté de la répression contre les sportifs, de la fraude électorale et de la violence au Bélarus.

Certaines déclarations de Maksim Nedasekau méritent d’être rapportés :

« Je soutiens le président Loukachenko. Mais cette violence, personne ne la soutient. Pourquoi, si je suis pour Loukachenko, ils disent tout de suite que je soutiens la violence ? »

« Et cela ne te préoccupe pas, ce qui arrive aux gens et au pays dans lequel tu vis ? »

« Mais les gens ne se préoccupent pas de ce que je fais. Pourquoi serais-je préoccupé de ce qui arrive aux gens ? »

« Et qui représenteras-tu aux Jeux olympiques – pas le peuple? »

« Les gens qui me soutiennent sont plus haut placés que moi, occupent certains postes, ils me préparent à cette compétition. Quʼest-ce que cela a à voir avec toutes les autres personnes qui, grosso modo, nʼont pas participé à cela ? »

« Si nous imaginons quʼà lʼavenir, ils prouveront que toute la violence dont on parle sur Internet est vraie, soutiendras-tu toujours le gouvernement ? »

« Bien sûr. Si je le soutiens maintenant, pourquoi ne le soutiendrais-je pas plus tard ? »

Yelena Leuchanka et Maksim Nedasekau.
Source: TUT.BY

For more information on the events of 19 December 2020, please visit Infocenter Free Belarus 2020: